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ENQUÊTE – Alors que les électeurs s'apprêtent à voter les 15 et 22 mars prochains, un dossier brûlant pourrait bien s'inviter dans l'urne : la santé financière du réseau d'eau potable. Selon notre analyse des documents publics de l’agglomération qui sont tous en ligne et accessibles , le principe sacré « l'eau paie l'eau » ne serait plus qu'un lointain souvenir, laissant place à une impasse budgétaire majeure.
Un équilibre rompu
Le dogme est simple : les factures payées par les usagers à Veolia (le délégataire) doivent couvrir non seulement l'exploitation, mais aussi permettre à l'agglomération de financer l'entretien et le renouvellement des réseaux via une redevance.
Or, le Compte Financier Unique (CFU) 2024 de l’agglomération Estérel Côte-d’Azur révèle une réalité comptable alarmante : les recettes ne suffisent plus à couvrir les charges.
Cette rupture d'équilibre a engendré une perte d'exploitation qui a forcé la collectivité à recourir à l'emprunt. Mais le piège se referme : l'autofinancement actuel est devenu si faible qu'il ne permet plus de rembourser le capital de cette dette.
Les chiffres du vertige
Les indicateurs financiers extraits des rapports publics (notamment l'annexe de la page 14 du CFU 2024) dressent un constat sans appel :
Un déficit d'exploitation : 1,5 million d'euros après remboursement du capital.
Une dette sous pression : 1,27 million d'euros d'intérêts pour le crédit souscrit.
Le chiffre choc : Une capacité de désendettement évaluée à 289,11 années.
À titre de comparaison, le seuil d'alerte critique pour une collectivité se situe généralement entre 12 et 15 ans. À plus de 280 ans, le service est techniquement dans une impasse financière totale.
Vers une explosion des tarifs ?
Pour les 120 000 habitants de l'agglomération, la conséquence de cette « gestion hors de contrôle » est mathématique. Si l'impôt ne peut légalement pas combler le trou d'un service d'eau, seule une augmentation massive et « exponentielle » du prix du mètre cube pourra rétablir l’équilibre.
Malgré la mise en place d'une nouvelle Délégation de Service Public (DSP) avec Veolia fin 2024, le passif accumulé et l'incapacité à générer de l'épargne nette placent la future gouvernance devant un choix cornélien : une hausse brutale des tarifs ou un désinvestissement dangereux sur l'entretien des infrastructures.
Le silence des urnes
Pourquoi ce sujet reste-t-il dans l'ombre des débats électoraux ? Si les maires communiquent largement sur les projets visibles de leurs communes respectives, la gestion intercommunale — complexe et technique — reste souvent sous les radars. Lourde est la responsabilité des élus actuels et de Frederic Masquelier qui dirige l’agglomération. Pourtant, c'est bien là que se joue le pouvoir d'achat quotidien des administrés.
À quelques jours du scrutin, les citoyens sont en droit de demander : comment en est-on arrivé là ?
Il faudra désamorcer cette bombe financière et voter pour des gens responsables en capacité de le faire.